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24/09/2010

Des élections suédoises inquiétantes pour la social démocratie.

suedeSD .jpgA l’occasion d’un bref déplacement en Suède en mai 2010, je m’étais entretenu avec quelques responsables politiques de ce pays sur la difficulté de la social démocratie à assurer aujourd’hui la crédibilisation nécessaire auprès de l’opinion publique. Ceci s’est concrétisé par des résultats assez décevants ce dimanche puisque pour la première fois depuis 1914, les résultats des socio-démocrates sont très mauvais. On peut bien sûr évoquer les arguments conjoncturels explicatifs : un leadership très contesté du leader socio-démocrate ; de bons résultats du gouvernement du centre droit en ce qui concerne la lutte contre les effets de la crise économique. Pour autant, je crois qu’il faut avoir bien conscience que comme dans beaucoup de pays européens, la social démocratie suédoise est à la croisée des chemins. Certes, elle a procuré des apports conséquents en Europe, notamment en matière de mutualisation, de cogestion de l’économie, du développement du service public, de la prise en compte des besoins de l’enfance ou encore la hiérarchie peu accentuée des salaires.

Mais aujourd’hui la société a changé et les attentes sont différentes et un regard critique est porté sur la fiscalité et les questions de productivité sociale. A mon sens, la montée de l’extrême droite en Suède n’est donc pas le fait majeur à prendre en compte, il me semble que cette évolution est purement ponctuelle et liée à un phénomène de gonflement médiatique inconsidéré. Le problème majeur à retenir est bien l’affaiblissement significatif de la social démocratie dans ce bastion qui était cité en exemple depuis des décennies.

A la lumière de ces résultats, il me semble que la social démocratie européenne devra dans les mois qui viennent redynamiser ses valeurs au travers d’un modèle rénové prenant en compte les attentes du temps présent permettant d’apporter des réponses crédibles aux enjeux du moment.

28/09/2009

A propos de social-démocratie...

EAG.jpgJ'ai participé aux premiers atelirs d'été de L'Espoir à gauche à Marseille. Je restitue ci-dessous les 5 enseignements que j'ai retenus sur le thème de la social-démocratie lors d'un débat associant un certain nombre d'experts.

1- Le « Yalta » de la social-démocratie est en quelque sorte déstabilisé. Ce « Yalta » avait attribué le secteur marchand à l’économie concurrentielle et le non marchand à la sphère publique. Aujourd’hui, l’équilibre est rompu. Cette situation entraîne 2 conséquences.

a. Tout d’abord, l’intervention publique ne donne plus une place suffisante à une démocratie redistributive. « On a vu se développer une expertise tutélaire et technocratique de la solidarité ». L’exemple des 35 heures en France a été à cet égard cité. Il a été fait état de la corruption de l’idée d’égalité : s’il y a bien égalité des chances en théorie, il n’y a plus d’égalité réelle entre les citoyens quant à la possibilité d’accéder à certains avantages ou statuts.

b. La deuxième conséquence est que la social-démocratie s’est appuyée sur l’Etat Social. Or, la question des moyens financiers disponibles amène à une impasse. « La social-démocratie a indexé la solidarité sur les performances économiques du marché libéral ». Si les performances tombent, les mécanismes de solidarité se grippent.

2- On constate de fait un déséquilibre croissant entre le marchand et le non marchand. Il est à noter que les gens sont de plus en plus dépendants des revenus monétaires (exemples de l’Inde et du Sud Est Asiatique). Autre conséquence : on n’arrive pas à mondialiser le non marchand (le budget de l’Union Européenne est par exemple inférieur à 1% pour ce qui est des interventions pour le non marchand). La préconisation faite à cet égard est la suivante : l’économie ne peut pas être laissée en totalité au libéral et il faut donc développer de nouvelles pratiques d’économie solidaire.

3- La crise de l’institution socialiste s’inscrit dans une logique bien plus profonde. Nous assistons d’une certaine façon à un épuisement idéologique car d’une certaine façon, la social-démocratie a atteint ses objectifs redistibutifs à moyens donnés. Ceci entraîne l’apparition d’un cercle vicieux bien connu : perte de croissance ==> crise structurelle ==> apparition du « social conservatisme ».

4- D’un point de vue sociopolitique, il est à noter :

a. La désaffection des classes populaires (il a été fait état d’un sondage allemand indiquant que 0% des ouvriers allemands croient encore à l’utilité du vote politique !)

b. Le modèle libéral se révèle en phase avec les attentes sociales (le chacun pour soi, la réussite individuelle…)

c. La capitulation idéologique face au consumérisme est manifeste (aujourd’hui les social démocrates ont tendance à chercher la croissance pour elle-même afin de perpétuer leur modèle politique.

Cette évolution sociopolitique conduit à 2 préconisations :

  • Il faut relégitimer l’Etat Social en trouvant des mécanismes de redistribution à moyens financiers stables ou même décroissants,
    • Et il faut trouver des dispositifs permettant d’aider les gens à être autonomes au sein de cette société concurrentielle et individualiste. La dimension sociologique prend d’évidence une importance croissante dans l’affirmation d’un modèle politique renouvelé.

      5- Il faut politiser le marché. Face à la crise, les décideurs publics se retrouvent face à un dilemme assez traditionnel : Faut-il plus de protectionnisme ou à l’inverse, faut-il accentuer l’évolution vers une social-démocratie « mondiale » ? Le protectionnisme est à proscrire ; quant à l’idée d’une social-démocratie mondiale, elle relève à ce jour d’une vraie utopie. On préconise dès lors un autre choix pour l’immédiat : celui de contribuer à favoriser l’émergence d’une plus grande responsabilité sociale des entreprises et des acteurs économiques et sociaux. L’idée est qu’il faut politiser le marché. Il faut arriver à ce que toutes les décisions économiques puissent s’inspirer de raisonnements soucieux de l‘intérêt général. Il a été noté que cette approche plaisait relativement bien aux anglo-saxons et qu’elle pourrait de ce fait, constituer un axe pour la refondation politique dans les prochaines années.